En bref
Investir en nue-propriété consiste à acheter un logement sans son usufruit, pour un prix décoté. Dans le schéma le plus répandu, l’usufruit est acquis pour une durée fixe par un bailleur institutionnel, souvent un bailleur social, qui loue le logement et en perçoit les loyers. La loi fixe cette durée à 15 ans au minimum (CCH, art. L253-1). Pendant le démembrement, le nu-propriétaire ne perçoit aucun loyer, mais n’est pas imposé à l’IFI sur le bien et peut déduire ses intérêts d’emprunt de ses autres revenus fonciers. À l’échéance, il récupère la pleine propriété sans droits ni taxe (CGI, art. 1133). Le bien est alors loué, occupé ou vendu.
Le mécanisme : un usufruit temporaire
L’article L253-1 du Code de la construction et de l’habitation prévoit que « l’usufruit d’un logement ou d’un ensemble de logements peut être établi par convention au profit d’une personne morale, pour une durée minimale de quinze années, en vue de la location ». Les articles suivants encadrent ce montage, appelé usufruit locatif :
- la convention d’usufruit répartit les dépenses entre nu-propriétaire et usufruitier ; l’usufruitier paie seul, pendant la convention, les provisions de charges de copropriété qui lui incombent (art. L253-1-1, I) ;
- en copropriété, l’usufruitier est de droit le mandataire commun et vote seul les décisions dont il supporte la charge (art. L253-1-1, II) ;
- la convention précise la répartition des charges à son expiration et les régularisations après la fin de l’usufruit (art. L253-1-1, III).
Pour les règles générales du démembrement, voir notre guide sur l’usufruit et la nue-propriété.
Le prix : d’où vient la décote
Le nu-propriétaire paie seulement une fraction de la valeur du logement : la différence correspond aux loyers qu’il abandonne à l’usufruitier pendant la durée du démembrement. Cette décote est fixée par le contrat de vente ; aucun texte n’en impose le niveau, et aucune source officielle n’en publie de fourchette.
Pour les besoins fiscaux, l’article 669, II du CGI évalue un usufruit constitué pour une durée fixe à « 23 % de la valeur de la propriété entière pour chaque période de dix ans », sans tenir compte de l’âge de l’usufruitier. Ce barème sert à liquider les droits d’enregistrement ; il ne dit rien du prix de marché.
Comparer une décote à un rendement locatif suppose de tenir compte de ce que le nu-propriétaire ne paie pas pendant le démembrement (provisions de charges de copropriété, gestion locative, et les autres dépenses que la convention met à la charge de l’usufruitier) et de ce qu’il récupère à la fin : un logement qui a vieilli d’au moins 15 ans.
Fiscalité pendant le démembrement
IFI. En règle générale, c’est l’usufruitier qui déclare le bien à l’IFI pour sa valeur en pleine propriété ; le nu-propriétaire « ne doit pas le déclarer » (service-public.gouv.fr, F563). Le BOFiP précise que le nu-propriétaire, qui ne tire aucun revenu du bien, n’a « rien à déclarer au titre de l’IFI », hors exceptions légales (usufruit du conjoint survivant, notamment) qui ne visent pas ce montage. L’IFI concerne les patrimoines immobiliers nets de plus de 1 300 000 € (voir notre guide IFI).
Impôt sur le revenu. Le nu-propriétaire ne perçoit pas de loyers, donc n’a pas de revenus fonciers sur ce bien. Mais la brochure pratique 2026 (p. 362-363) prévoit un cas particulier : les intérêts d’emprunt contractés pour acquérir des logements dont l’usufruit est détenu temporairement par un organisme HLM, une société d’économie mixte ou un organisme agréé sont déductibles des autres revenus fonciers du nu-propriétaire. Le déficit qui en résulte ne s’impute que sur les revenus fonciers des 10 années suivantes, jamais sur le revenu global. La déclaration se fait sur la 2044 spéciale (service-public.gouv.fr, F1991), et les immeubles possédés en nue-propriété figurent parmi les régimes particuliers qui excluent le micro-foncier (brochure 2026, p. 158).
La fin du démembrement
Le CCH organise la sortie du locataire en place :
- un an avant l’extinction de l’usufruit, le bailleur rappelle les règles au nu-propriétaire et au locataire (art. L253-6, I) ;
- six mois avant, le nu-propriétaire peut, par lettre recommandée, proposer au locataire un nouveau bail conforme à la loi du 6 juillet 1989 prenant effet au terme de l’usufruit, ou lui donner congé pour vendre ou pour occuper le bien (art. L253-5) ;
- trois mois avant, le bailleur propose au locataire qui n’a pas signé de nouveau bail et remplit les conditions de ressources un relogement adapté (art. L253-6, II) ;
- le bail conclu par l’usufruitier prend fin de plein droit au plus tard à l’extinction de l’usufruit (art. L253-4).
Sur le plan fiscal, la réunion de l’usufruit à la nue-propriété par l’expiration du temps fixé « ne donne ouverture à aucun impôt ou taxe » (CGI, art. 1133).
Revendre : plus-value et liquidité
Si le bien est vendu après la fin du démembrement, la plus-value immobilière se calcule ainsi selon le BOFiP :
- prix d’acquisition : lorsque l’usufruit a été récupéré par extinction, son prix est en principe nul, mais il est admis de retenir la valeur vénale de la pleine propriété à la date d’entrée de la nue-propriété dans le patrimoine ;
- durée de détention : elle court à partir de la première des deux acquisitions, donc de l’achat de la nue-propriété.
Revendre avant l’échéance est juridiquement possible, mais l’acheteur n’obtiendra lui aussi que la nue-propriété, sans revenu jusqu’au terme : le marché de ces biens est plus étroit que celui des logements libres, ce qui peut allonger les délais et peser sur le prix. Le capital n’est pas garanti : la valeur du logement à l’échéance dépend du marché local et de l’état du bien.
FAQ
Combien de temps dure le démembrement ?
Au moins 15 ans lorsque l’usufruit est consenti à une personne morale en vue de la location (CCH, art. L253-1). La durée exacte figure dans la convention.
Le nu-propriétaire paie-t-il l’IFI sur le logement ?
Non, en règle générale : l’usufruitier déclare le bien. Le nu-propriétaire n’a rien à déclarer pour ce bien.
Peut-on déduire les intérêts d’emprunt ?
Oui, des autres revenus fonciers, lorsque l’usufruit appartient à un bailleur social ou à un organisme agréé. Le déficit lié à ces intérêts ne s’impute pas sur le revenu global.
Que devient le locataire à la fin de l’usufruit ?
Le nu-propriétaire peut lui proposer un nouveau bail ou lui donner congé pour vendre ou occuper, six mois avant. À défaut d’accord, le bailleur doit proposer un relogement au locataire éligible trois mois avant.
La fin du démembrement est-elle taxée ?
Non. La réunion de l’usufruit et de la nue-propriété par l’arrivée du terme ne donne lieu à aucun impôt ni taxe (CGI, art. 1133).
Quel professionnel consulter
Le notaire reçoit l’acte d’achat de la nue-propriété ; faites-lui relire la convention d’usufruit (durée, répartition des charges, état du logement à la restitution). Un courtier en crédit peut financer l’achat, en gardant à l’esprit que le bien ne produit aucun loyer pendant le remboursement. À l’approche de l’échéance, l’agent immobilier estime le bien libre et accompagne la relocation ou la vente.
Trouver un professionnel
Un seul professionnel par métier et par secteur, sélectionné et noté sur 100 points à partir de données publiques, titre vérifiable. Le métier, son registre officiel et les professionnels retenus :
Le notaire retenu dans les grandes villes
| Ville | Professionnel | Secteur | Score /100 | Statut |
|---|---|---|---|---|
| Paris | Dextera Notaires | Paris, 7e arrondissement | 91 | Retenu |
| Marseille | 1391 Notaires | Marseille, 8e arrondissement | 85 | Retenu |
| Lyon | Archers Notaires | Lyon, 2e arrondissement | 92 | Retenu |
| Montpellier | Lexnot | Montpellier | 93 | Retenu |
| Bordeaux | 1645 Notaires | Bordeaux | 90 | Retenu |
| Lille | Notaires Lille Royale | Lille | 70 | Retenu |
| Rennes | Notaires des Lices | Rennes | 87 | Retenu |
| Dijon | Legatis Dijon-Genlis | Dijon | 86 | Retenu |
| Brest | Quid Novi Brest Notaires & Conseils | Brest | 86 | Retenu |
| Cannes | 1795 | Cannes | 70 | Retenu |
Les 10 villes qui comptent le plus de ventes (DVF 2025) et où un notaire est retenu ; dans une ville à plusieurs secteurs, la fiche au meilleur score. « Vérifié » : titre lu au registre par Payotte ; « Retenu » : titre déclaré, vérifiable sur la fiche.
Dans le même thème : Louer et investir
Sources
- Code de la construction et de l'habitation, articles L253-1 à L253-8 (Légifrance) (consulté le 11 octobre 2026)
- Code de la construction et de l'habitation, article L253-1 – en vigueur depuis le 16 juillet 2006 (Légifrance) (consulté le 11 octobre 2026)
- Code de la construction et de l'habitation, article L253-1-1 – en vigueur depuis le 25 août 2021 (Légifrance) (consulté le 11 octobre 2026)
- Code de la construction et de l'habitation, article L253-5 – en vigueur depuis le 27 mars 2014 (Légifrance) (consulté le 11 octobre 2026)
- Code de la construction et de l'habitation, article L253-6 – en vigueur depuis le 16 juillet 2006 (Légifrance) (consulté le 11 octobre 2026)
- Code général des impôts, article 669 – en vigueur depuis le 31 décembre 2003 (Légifrance) (consulté le 11 octobre 2026)
- Code général des impôts, article 1133 – en vigueur depuis le 1er juillet 1979 (Légifrance) (consulté le 11 octobre 2026)
- Impôt sur la fortune immobilière (IFI) : personnes et biens concernés (service-public.gouv.fr, vérifié le 6 mars 2026) (consulté le 11 octobre 2026)
- BOI-PAT-IFI-20-20-30-10 – IFI, biens ou droits démembrés (BOFiP, 8 juin 2018) (consulté le 11 octobre 2026)
- Brochure pratique 2026, chapitre « Déclaration des revenus fonciers », p. 341-364 (impots.gouv.fr) (consulté le 11 octobre 2026)
- Impôt sur le revenu - Revenus locatifs (location non meublée) (service-public.gouv.fr, vérifié le 15 avril 2026) (consulté le 11 octobre 2026)
- BOI-RFPI-PVI-20-10-20-10 – Prix d'acquisition à titre onéreux (BOFiP, 12 septembre 2012) (consulté le 11 octobre 2026)
- BOI-RFPI-PVI-20-20 – Détermination de la plus-value imposable (BOFiP, 18 juillet 2023) (consulté le 11 octobre 2026)
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