En bref
Quand un logement est vendu avec des meubles, les droits de mutation (la plus grosse part des « frais de notaire ») sont, par défaut, perçus sur la totalité du prix au taux immobilier, meubles compris (CGI, art. 735). Le mobilier n’y échappe qu’à deux conditions cumulatives : l’acte fixe un prix particulier pour les meubles, et ceux-ci sont désignés et estimés article par article. Ce n’est qu’alors que les droits immobiliers portent sur le seul prix de l’immeuble. Dans l’ancien, ce taux atteint 6,32 % au plus du 1er avril 2025 au 31 mars 2028 (impots.gouv.fr). Une valeur de meubles gonflée expose à un redressement : le BOFiP rappelle que l’article 735 sert aussi à vérifier que le prix de l’immeuble correspond à sa valeur vénale.
Pourquoi le mobilier change la facture
Le BOFiP le dit sans détour : lorsqu’une vente porte à la fois sur des meubles et des immeubles, les parties ont intérêt à augmenter la part du prix attribuée aux meubles, qui sont en général taxés moins lourdement ou qui ne donnent pas lieu au droit proportionnel, et à diminuer d’autant celle de l’immeuble. L’article 735 a été écrit pour « déjouer cette fraude » (BOI-ENR-DMTOI-10-120, § 1 et 10).
Les droits de mutation sur un logement ancien se composent d’une part départementale (5 % au plus du 1er avril 2025 au 31 mars 2028 ; pour une première acquisition de résidence principale, le taux voté avant la hausse, en général 4,50 % et plus bas dans quelques départements, voir hausse des droits de mutation), d’une part communale de 1,20 % et de frais d’assiette, soit un taux global de 6,32 % au plus (impots.gouv.fr). Le détail figure sur la page frais de notaire.
Exemple : une maison vendue 250 000 €, dont 8 000 € de meubles correctement désignés et estimés dans l’acte. Les droits au taux global de 6,32 % portent sur 242 000 € au lieu de 250 000 €, soit une économie de 8 000 × 6,32 % = 505,60 €.
Les deux conditions de l’article 735
Pour que les meubles échappent au tarif immobilier, deux conditions doivent être remplies en même temps (BOI-ENR-DMTOI-10-120, § 120).
1. Un prix particulier stipulé dans l’acte de vente. Il doit s’agir d’un véritable engagement des parties ; une simple déclaration estimative sans force obligatoire ne suffit pas. Le prix doit figurer dans l’acte lui-même, dans un document annexé ou dans un renvoi en marge. La jurisprudence refuse de tenir compte d’une évaluation faite dans un acte antérieur, postérieur ou même passé le même jour, sauf si l’acte de vente se réfère expressément à un acte ou état détaillé antérieur à la vente (§ 140 et 170). Une ventilation opérée « pour la perception seulement » entraîne le tarif immobilier sur le tout (§ 150).
2. Une désignation et une estimation article par article. Un prix global pour « le mobilier » ne suffit pas : si certains meubles ne sont pas estimés séparément, le tarif immobilier s’applique à la totalité du prix (§ 180). Des tolérances existent : les objets de même nature (vaisselle, batterie de cuisine, matériaux) peuvent être estimés globalement (§ 190).
L’estimation doit figurer dans l’acte ou dans un état annexé. L’acte peut aussi renvoyer à un inventaire authentique ou à un acte ayant une date certaine antérieure à la vente et pas trop ancienne. En revanche, un état sans date certaine, ou postérieur à la vente, ne vaut rien, et l’oubli ne peut pas être réparé par un acte complémentaire après l’enregistrement (§ 200 et 210).
La règle ne joue que si meubles et immeuble sont vendus par les mêmes vendeurs au même acquéreur (§ 100). Elle ne s’applique pas lorsque l’immeuble relève de la TVA immobilière (§ 90).
Quels biens peuvent être ventilés
Seuls des meubles peuvent être sortis du prix : la vente doit porter à la fois sur des immeubles « par nature ou par destination » et sur des meubles corporels ou incorporels (BOI-ENR-DMTOI-10-120, § 60). Ce qui est un immeuble par destination suit donc l’immeuble. En pratique, on écarte de la liste ce qui est incorporé au bâti et on y retient ce que l’on peut emporter : mobilier, électroménager non encastré, luminaires amovibles, linge, vaisselle. Ces exemples relèvent de l’usage, pas d’une liste fixée par un texte.
En pratique, l’état est souvent préparé dès le compromis ou la promesse, pour que la ventilation soit reprise telle quelle dans l’acte authentique ; ce qui compte pour le fisc, c’est qu’il figure dans l’acte de vente ou dans un état annexé (§ 200).
Justifier la valeur
Le BOFiP ne fixe aucun plafond en pourcentage. Il rappelle seulement que l’article 735 permet de contrôler si le prix fixé pour l’immeuble correspond à sa valeur vénale (BOI-ENR-DMTOI-10-120, § 10) : une part de meubles gonflée fait baisser artificiellement ce prix.
Ni l’article 735 ni le BOFiP ne prévoient de justificatif particulier. En pratique, une liste crédible indique, pour chaque article, sa désignation, son état et un prix d’occasion cohérent, et les vendeurs prudents gardent de quoi l’étayer en cas de contrôle : factures d’achat des meubles les plus chers, photos datées, annonces comparables sur le marché de l’occasion.
Un meuble acheté neuf il y a dix ans ne vaut plus son prix d’achat : une estimation au prix neuf attire l’attention sur une ventilation excessive.
Le risque de redressement
Si l’administration estime que la part des meubles est surévaluée, elle peut rectifier l’assiette des droits. Pour les droits d’enregistrement, son droit de reprise court en principe jusqu’à la fin de la troisième année qui suit celle de l’enregistrement de l’acte, lorsque l’exigibilité des droits y était suffisamment révélée (LPF, art. L180 ; BOI-CF-PGR-10-40, § 40).
Le rappel de droits s’accompagne de l’intérêt de retard de 0,20 % par mois (CGI, art. 1727 ; BOFiP). Si l’administration établit un manquement délibéré, une majoration de 40 % s’ajoute ; elle passe à 80 % en cas de manœuvres frauduleuses (BOI-CF-INF-10-20-20, § 20). La dissimulation d’une partie du prix est expressément visée par ces majorations. Sur une ventilation de quelques milliers d’euros, le gain est limité ; le risque, lui, ne l’est pas.
FAQ
Y a-t-il un pourcentage maximal de mobilier autorisé ?
Non. Le BOFiP ne fixe aucun pourcentage (BOI-ENR-DMTOI-10-120). Il faut un prix particulier et une estimation article par article dans l’acte, et une valeur cohérente avec l’état des meubles : l’administration peut vérifier que le prix de l’immeuble correspond à sa valeur vénale.
Un prix global « mobilier : 10 000 € » suffit-il ?
Non. Sans désignation et estimation article par article, le tarif immobilier s’applique à la totalité du prix (§ 180).
Peut-on ajouter la liste des meubles après la signature ?
Non. Un état postérieur à la vente ou un acte complémentaire après l’enregistrement ne régularise pas l’omission (§ 210).
Combien de temps le fisc peut-il contester ?
En principe jusqu’à la fin de la 3e année suivant l’enregistrement de l’acte (LPF, art. L180).
Un acheteur non-résident peut-il ventiler le mobilier ?
Oui : les règles de l’article 735 ne dépendent pas de la résidence de l’acquéreur. Voir le guide achat immobilier par un non-résident.
Quel professionnel consulter
Le notaire rédige l’acte : c’est lui qui insère le prix particulier des meubles et l’état estimatif, et qui peut refuser une ventilation qu’il juge excessive. L’agent immobilier qui a négocié la vente peut aider à dresser la liste dès l’offre et le compromis, avec des valeurs d’occasion cohérentes.
Trouver un professionnel
Un seul professionnel par métier et par secteur, sélectionné et noté sur 100 points à partir de données publiques, titre vérifiable. Le métier, son registre officiel et les professionnels retenus :
Le notaire retenu dans les grandes villes
| Ville | Professionnel | Secteur | Score /100 | Statut |
|---|---|---|---|---|
| Paris | Dextera Notaires | Paris, 7e arrondissement | 91 | Retenu |
| Marseille | 1391 Notaires | Marseille, 8e arrondissement | 85 | Retenu |
| Lyon | Archers Notaires | Lyon, 2e arrondissement | 92 | Retenu |
| Montpellier | Lexnot | Montpellier | 93 | Retenu |
| Bordeaux | 1645 Notaires | Bordeaux | 90 | Retenu |
| Lille | Notaires Lille Royale | Lille | 70 | Retenu |
| Rennes | Notaires des Lices | Rennes | 87 | Retenu |
| Dijon | Legatis Dijon-Genlis | Dijon | 86 | Retenu |
| Brest | Quid Novi Brest Notaires & Conseils | Brest | 86 | Retenu |
| Cannes | 1795 | Cannes | 70 | Retenu |
Les 10 villes qui comptent le plus de ventes (DVF 2025) et où un notaire est retenu ; dans une ville à plusieurs secteurs, la fiche au meilleur score. « Vérifié » : titre lu au registre par Payotte ; « Retenu » : titre déclaré, vérifiable sur la fiche.
Dans le même thème : Acheter
Sources
- BOI-ENR-DMTOI-10-120-20120912 : vente simultanée de meubles et d'immeubles (BOFiP, version en vigueur depuis le 12 septembre 2012) (consulté le 12 octobre 2026)
- Code général des impôts, article 735 – version en vigueur depuis le 1er juillet 1979 (Légifrance) (consulté le 12 octobre 2026)
- J'achète un bien immobilier. Quels frais dois-je payer chez le notaire ? (impots.gouv.fr, modifié le 17 juillet 2026) (consulté le 12 octobre 2026)
- BOI-CF-PGR-10-40-20150812 : délais de reprise en matière de droits d'enregistrement (BOFiP) (consulté le 12 octobre 2026)
- BOI-CF-INF-10-20-20-20170308 : majorations pour insuffisances, omissions ou inexactitudes (BOFiP) (consulté le 12 octobre 2026)
- Actualité BOFiP du 7 juillet 2021 : taux de l'intérêt de retard pérennisé à 0,2 % par mois (CGI, art. 1727) (consulté le 12 octobre 2026)
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