Guide · Copropriété

Parties communes et privatives : la loi de 1965 expliquée

Parties communes, privatives, spéciales ou à jouissance privative : définitions de la loi de 1965, qui entretient, qui paie et quelles majorités en AG.

En bref

La loi du 10 juillet 1965 distingue deux catégories. Sont privatives les parties « réservées à l’usage exclusif d’un copropriétaire déterminé » (art. 2). Sont communes celles « affectées à l’usage ou à l’utilité de tous les copropriétaires ou de plusieurs d’entre eux » (art. 3) ; elles appartiennent en indivision à tous ou à certains (art. 4). Entre les deux, une partie commune à jouissance privative (balcon, jardin, terrasse) reste commune : son bénéficiaire en a l’usage exclusif, pas la propriété (art. 6-3). Le copropriétaire entretient ses parties privatives. Les charges des parties communes se répartissent selon la valeur relative des lots (art. 10).

Parties privatives : ce qui vous appartient en propre

La loi n’énumère pas les parties privatives : c’est le règlement de copropriété qui les désigne (service-public.gouv.fr, F31512). Elles sont la propriété exclusive du copropriétaire. En pratique, on y trouve généralement :

  • les équipements intérieurs (cuisine, sanitaires, chauffage individuel) ;
  • les revêtements de sol et les enduits, peintures et papiers peints ;
  • les cloisons intérieures qui ne font pas partie du gros œuvre ;
  • les portes intérieures, et souvent les fenêtres et volets (F31512).

Chaque copropriétaire « dispose des parties privatives comprises dans son lot » et en use librement, « sous la condition de ne porter atteinte ni aux droits des autres copropriétaires ni à la destination de l’immeuble » (loi, art. 9). Il peut donc habiter son lot, le louer, le vendre ou y faire des travaux, à condition de respecter le règlement (F31512).

Parties communes : ce que la loi présume commun

Quand le règlement est muet ou contradictoire, l’article 3 de la loi présume communs, notamment :

  • le sol, les cours, parcs et jardins, et les voies d’accès ;
  • le gros œuvre des bâtiments et les éléments d’équipement commun, y compris les canalisations qui traversent des locaux privatifs ;
  • les coffres, gaines et têtes de cheminées ;
  • les locaux des services communs ;
  • les passages et corridors.

Le même article range parmi les droits accessoires aux parties communes le droit de surélever, de construire de nouveaux bâtiments ou d’affouiller le sol (loi, art. 3).

Les parties communes appartiennent à tous en indivision (art. 4). La quote-part de chacun, ses tantièmes, figure dans l’état descriptif de division et détermine son nombre de voix en assemblée générale (service-public.gouv.fr, F35451).

Les parties communes spéciales

Certaines parties communes ne servent qu’à plusieurs copropriétaires, par exemple un bâtiment dans une copropriété qui en compte plusieurs. Ce sont des parties communes spéciales, « propriété indivise » de ces seuls copropriétaires (art. 6-2). Leur création va de pair avec des charges spéciales. Seuls ces copropriétaires votent les décisions qui les concernent. Elles n’existent que si le règlement les mentionne expressément (art. 6-4).

Parties communes à jouissance privative

L’article 6-3 les définit comme « les parties communes affectées à l’usage ou à l’utilité exclusifs d’un lot ». Le droit de jouissance est « nécessairement accessoire au lot » et « ne peut en aucun cas constituer la partie privative d’un lot ». Il se transmet donc avec le lot à l’acheteur.

Selon service-public.gouv.fr (F31518), ce droit naît du règlement ou d’une décision d’assemblée générale :

  • copropriété créée avant le 1er juillet 2022 : l’absence de mention au règlement ne supprime pas ces droits. L’assemblée doit voter, à la majorité simple, sur leur mention au règlement ;
  • copropriété créée depuis le 1er juillet 2022 : ils doivent figurer au règlement. Pour en accorder un nouveau, l’assemblée vote à la double majorité, ou à l’unanimité s’il porte atteinte à la destination de l’immeuble, puis modifie le règlement.

Le bénéficiaire peut poser des bacs à fleurs ou du mobilier de jardin, mais pas construire, creuser ou surélever sans autorisation (F31518). L’assemblée statue alors à la majorité de l’article 25 pour les transformations légères. Elle statue à la majorité de l’article 26 pour les constructions (abri, pergola, véranda). Sans autorisation, le syndicat peut exiger la démolition et la remise en état.

Entretien : qui fait quoi ?

  • Parties privatives : le copropriétaire doit les entretenir. Une partie privative qui cause un désordre dans les parties communes peut engager sa responsabilité (F31512).
  • Parties communes : le syndicat des copropriétaires en assure l’entretien et la conservation, par l’intermédiaire du syndic.
  • Parties communes à jouissance privative : elles restent sous le contrôle du syndicat, qui les entretient, sauf stipulation contraire du règlement. Le règlement peut aussi partager cette mission avec le bénéficiaire (F31518).

Un copropriétaire ne peut pas s’opposer à des travaux d’intérêt collectif régulièrement votés, même sur ses parties privatives. La seule limite : que « l’affectation, la consistance ou la jouissance des parties privatives n’en [soient] pas altérées de manière durable » (loi, art. 9, II). Les travaux qui exigent un accès aux parties privatives doivent être notifiés au moins huit jours avant leur début, sauf urgence (art. 9, I). En cas de préjudice, l’indemnité est à la charge du syndicat (art. 9, III).

Charges : comment elles se répartissent

L’article 10 de la loi pose deux règles :

  1. les charges de conservation, d’entretien et d’administration des parties communes se répartissent proportionnellement à la valeur relative des lots ;
  2. les charges des services collectifs et équipements communs (ascenseur, chauffage collectif) se répartissent selon l’utilité objective qu’ils présentent pour chaque lot.

Service-public.gouv.fr (F2590) illustre la seconde règle. Un parking en sous-sol ne paie pas le chauffage, qui ne lui est d’aucune utilité. Un lot du rez-de-chaussée paie l’ascenseur si celui-ci dessert la cave ou le parking. Les charges d’une partie commune à jouissance privative incombent en principe à tous, selon leur quote-part. Le règlement peut toutefois en mettre l’entretien courant à la charge du bénéficiaire (F31518).

FAQ

Mes fenêtres sont-elles privatives ou communes ?

Tout dépend du règlement de copropriété. Service-public.gouv.fr les cite parmi les éléments « généralement » privatifs (F31512). Leur remplacement par un modèle différent, qui modifie l’aspect extérieur, exige toutefois l’accord de l’assemblée à la majorité de l’article 25 (F31513).

Un balcon à jouissance privative m’appartient-il ?

Non. Il reste une partie commune ; vous n’en avez que l’usage exclusif, attaché à votre lot (loi, art. 6-3).

Puis-je fermer mon balcon ou poser une véranda ?

Pas sans autorisation. Une construction sur une partie commune à jouissance privative se vote à la majorité de l’article 26, sauf si le règlement l’autorise (F31518). Une autorisation d’urbanisme peut aussi être nécessaire.

Qui paie la réparation d’une canalisation qui traverse mon appartement ?

La loi présume communes les canalisations qui traversent des locaux privatifs (art. 3), sauf disposition contraire du règlement. Leur réparation relève alors des charges communes.

L’assemblée peut-elle m’imposer des travaux chez moi ?

Oui, pour des travaux d’intérêt collectif régulièrement votés, si vos parties privatives ne sont pas altérées durablement. Vous avez droit à une indemnité en cas de préjudice (loi, art. 9).

Quel professionnel consulter

Le notaire vérifie, avant un achat, ce que le règlement et l’état descriptif de division rangent dans votre lot, y compris les droits de jouissance privative. Le géomètre-expert peut établir le projet de nouvelle répartition des tantièmes lorsqu’une partie commune devient privative (service-public.gouv.fr, F35451). Voir aussi notre guide sur les charges de copropriété.

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