Sur 664 fiches de professionnels de l'immobilier publiées au Canada — 517 personnes distinctes, examinées une par une —, 65 % n'affichent aucun identifiant (numéro de permis ou de membre) permettant au lecteur de lever tout doute au registre officiel : 420 nomment un organisme sans donner de numéro, 10 ne nomment aucun organisme, et 2 revendiquaient une appartenance que l'annuaire de l'association ne confirme pas. Seules 234 fiches (35 %) permettent une vérification sans ambiguïté.
Base : 664 fiches publiées (517 professionnels distincts), calculées au build le 30 juillet 2026.
Le problème n'est pas la fraude. C'est le doute.
Un acheteur s'apprête à confier la plus grosse transaction de sa vie à un courtier, un notaire, un inspecteur. Il veut faire ce que tous les régulateurs canadiens lui recommandent : vérifier le titre au registre officiel. Il ouvre le site du professionnel. Il y lit « membre de l'AIBQ », « courtier immobilier », « évaluateur agréé ». Et là, il bloque : sans numéro, il doit chercher par nom — et un nom, ça se confond.
Ce n'est pas une hypothèse. Le registre de l'OACIQ compte deux Catherine Labrecque ; il a fallu recouper l'adresse professionnelle pour savoir laquelle était la bonne. Un consommateur pressé, devant deux résultats, prend le premier — ou abandonne. Dans les deux cas, la vérification qu'on lui recommande n'a pas eu lieu.
Cette étude ne mesure donc pas l'illégalité, et il faut le dire d'emblée. L'immense majorité de ces professionnels exercent en règle. Ce qu'elle mesure, c'est autre chose et c'est mesurable : le lecteur peut-il le vérifier lui-même, sans ambiguïté ? Dans 65 % des cas, la réponse est non.
Ce qui a été mesuré, exactement
Chaque fiche publiée par Payotte porte une note de « titre », sur 15 points, selon un barème à trois valeurs — et une seule question : que peut faire le lecteur avec ce qui est affiché ?
- 15/15 — identifiant publié. Un numéro de permis ou de membre, plus l'organisme nommé. Le lecteur tape le numéro au registre : homonyme impossible. 234 fiches, dont 232 avec un numéro publié (les autres : adhésion confirmée à l'annuaire de l'association).
- 12/15 — organisme nommé, sans identifiant. Le lecteur sait où chercher, mais doit chercher par nom, homonymes compris. 420 fiches — le gros du problème.
- 0/15 — aucun organisme nommé, ou titre non confirmé à la source. 10 fiches.
Le 12 n'est pas une punition : c'est un « en attente de preuve ». Chaque numéro qu'un professionnel nous renvoie fait remonter sa fiche à 15/15 — et ça marche, on le chiffre plus bas.
Par profession : le notaire est le plus difficile à vérifier
Fiches publiées, classées de la profession la moins vérifiable à la plus vérifiable.
| Profession | Fiches | Identifiant publié | Organisme seul | Aucun organisme | % vérifiable sans ambiguïté |
|---|---|---|---|---|---|
| Notaire / avocat immobilier | 141 | 22 | 119 | 0 | 16 % |
| Évaluateur agréé | 113 | 30 | 83 | 0 | 27 % |
| Inspecteur en bâtiment | 132 | 43 | 79 | 10 | 33 % |
| Courtier immobilier | 143 | 70 | 73 | 0 | 49 % |
| Courtier hypothécaire | 135 | 69 | 66 | 0 | 51 % |
Lecture : la dernière colonne est la part des fiches où le lecteur peut lever tout doute. Plus elle est basse, plus le titre repose sur la parole du professionnel.
L'écart entre les métiers est net : 51 % des courtiers hypothécaires publient un identifiant, contre 16 % des notaires et avocats en droit immobilier. Ce n'est pas un hasard de collecte : plus la profession est encadrée par un régulateur d'État qui délivre un numéro visible et utilisé au quotidien (courtage immobilier, courtage hypothécaire), plus le numéro circule. Là où le titre vient d'un ordre professionnel ou d'une association, il s'annonce en toutes lettres — « notaire », « évaluateur agréé » — mais rarement avec son numéro.
Le cas des notaires et avocats est le plus frappant : 84 % de leurs fiches ne portent aucun identifiant. Ce sont pourtant les professionnels qui manipulent les fonds de la transaction.
Par province : la géographie du doute
Fiches publiées par province, du plus grand échantillon au plus petit.
| Province | Fiches | Identifiant publié | Organisme seul | Aucun organisme | % vérifiable sans ambiguïté |
|---|---|---|---|---|---|
| Ontario | 203 | 71 | 129 | 3 | 35 % |
| Québec | 170 | 75 | 93 | 2 | 44 % |
| Colombie-Britannique | 102 | 46 | 56 | 0 | 45 % |
| Alberta | 97 | 24 | 73 | 0 | 25 % |
| Manitoba | 28 | 5 | 21 | 2 | 18 % |
| Saskatchewan | 22 | 1 | 21 | 0 | 5 % |
| Nouvelle-Écosse | 20 | 9 | 9 | 2 | 45 % |
| Nouveau-Brunswick | 14 | 1 | 13 | 0 | 7 % |
| Terre-Neuve-et-Labrador | 4 | 2 | 1 | 1 | 50 % |
| Île-du-Prince-Édouard | 4 | 0 | 4 | 0 | 0 % |
Les petits échantillons (moins de trente fiches) sont à lire avec prudence : ils décrivent nos marchés couverts, pas la province entière. Les trois grands échantillons — Ontario, Québec, Colombie-Britannique — se tiennent dans une fourchette étroite, ce qui suggère que le phénomène n'est pas provincial mais professionnel et culturel : on n'a jamais demandé aux professionnels d'afficher leur numéro, alors ils ne l'affichent pas.
La preuve que ça se règle : il suffit de demander
Payotte écrit aux professionnels de son annuaire pour leur demander de confirmer leur fiche — et notamment leur numéro de permis. Le résultat est sans appel : parmi les 66 fiches confirmées par le professionnel lui-même, 65 % publient un identifiant vérifiable, contre 32 % des autres. Le simple fait de poser la question double la vérifiabilité.
Personne ne refuse. Ce n'est pas un secret qu'on protège : c'est une information que personne n'avait pensé à publier. Le problème n'est ni la mauvaise foi ni la réglementation — c'est une habitude, et une habitude, ça se change en une phrase ajoutée à une signature courriel.
Le cas qui va bouger en premier : les inspecteurs du Québec
À partir du 1er octobre 2027, un inspecteur en bâtiment qui réalise des inspections préachat au Québec devra détenir un certificat de la Régie du bâtiment du Québec (règlement REIBH, en vigueur depuis octobre 2024, période transitoire jusqu'au 2 août 2027). Le certificat n'est pas encore obligatoire — mais il est déjà délivré : un inspecteur peut l'obtenir dès aujourd'hui.
État des lieux dans nos données : sur 33 inspecteurs québécois publiés, 23 citent l'AIBQ — une association, pas un régulateur — et seulement 3 citent la RBQ. Autrement dit : à quatorze mois de l'échéance, le seul titre d'État du métier au Québec est cité par une poignée de professionnels. Pour un acheteur, la nuance est loin d'être cosmétique : une adhésion associative n'est pas un permis.
Trois gestes, par qui peut les poser
Aucun ne demande un changement de loi.
- Le professionnel : ajouter son numéro de permis à son site, à sa signature courriel et à sa fiche Google. Trente secondes, un gain de crédibilité permanent — et, dans nos données, le seul geste qui double la vérifiabilité.
- L'association et l'ordre : rendre l'annuaire des membres consultable par numéro autant que par nom, et encourager l'affichage du numéro. Les associations n'ont pas les clauses anti-liste des régulateurs : elles peuvent aider le public sans se mettre en risque.
- L'acheteur : exiger le numéro avant de signer quoi que ce soit. Un professionnel en règle le donne immédiatement — la demande elle-même est déjà un test.
Et le régulateur ? Il n'a rien à changer : la Consumer Protection BC montre déjà la voie en invitant explicitement le public à vérifier le permis de son inspecteur sur son site. Le problème n'est pas au registre. Il est en amont, là où le titre est annoncé.
Méthode
- Population. 717 fiches évaluées, dont 664 publiées (les fiches non retenues sont exclues) — 517 professionnels distincts, un même professionnel pouvant couvrir deux ou trois secteurs.
- Ce n'est PAS un sondage du marché. Payotte ne retient qu'un professionnel par ville × secteur × profession : le mieux vérifié de son marché. L'échantillon est donc favorable. Le taux réel du marché est vraisemblablement pire — c'est la seule direction que ces données autorisent à affirmer.
- Classement. Barème à trois valeurs (identifiant publié / organisme seul / aucun), appliqué fiche par fiche depuis juillet 2026 par lecture des sources publiques du professionnel et de ses déclarations écrites.
- Aucune interrogation en série des registres. Les conditions d'utilisation des régulateurs (OACIQ, RECO, RECA, BCFSA, barreaux, AIC) interdisent la compilation de listes et l'usage commercial. Les identifiants proviennent des professionnels eux-mêmes ou de leurs publications ; les annuaires d'associations, qui n'ont pas ces clauses, ont pu être consultés ponctuellement.
- Les 2 titres non confirmés ont été vérifiés un par un à l'annuaire de l'association citée, et notés à la source. Ils ne sont pas détectés par automatisme : aucune extrapolation n'entre dans ce chiffre.
- Régénération. Tous les chiffres de cette page sont calculés au build depuis la base publique de Payotte (dernière génération : 30 juillet 2026). Ils bougent à chaque fiche corrigée — y compris à la baisse pour nous.
Les données brutes, réutilisables
Répartition par profession et par province, en CSV. Licence CC BY 4.0 : réutilisation libre avec mention de Payotte et lien vers la source.
Télécharger le CSVQuestions fréquentes
Quelle part des professionnels de l'immobilier canadiens affichent un titre vérifiable ?
Sur 664 fiches publiées par Payotte au Canada, 35 % publient un identifiant (numéro de permis ou de membre) permettant au lecteur de lever tout doute au registre officiel. Les 65 % restants nomment un organisme sans numéro (420 fiches) ou aucun organisme (10 fiches). Échantillon favorable : un seul professionnel par marché, le mieux vérifié.
Est-ce que ça veut dire que ces professionnels ne sont pas licenciés ?
Non, et c'est important. L'étude ne mesure pas la légalité de l'exercice mais la capacité du CONSOMMATEUR à vérifier. L'immense majorité de ces professionnels sont en règle ; simplement, sans numéro publié, le lecteur doit chercher par nom et peut tomber sur un homonyme. Deux cas seulement, sur 664, revendiquaient une appartenance que l'annuaire de l'association ne confirme pas.
Quelle profession est la plus difficile à vérifier ?
Notaire / avocat immobilier : 84 % des fiches ne portent aucun identifiant. À l'inverse, les courtiers hypothécaires sont les plus vérifiables (51 % avec identifiant). Plus la profession dépend d'un régulateur d'État délivrant un numéro d'usage quotidien, plus ce numéro circule.
Comment vérifier soi-même le titre de son professionnel ?
Demandez-lui son numéro de permis ou de membre — un professionnel en règle le donne immédiatement — puis tapez-le au registre de son organisme. Payotte publie la liste des régulateurs par profession et par province, avec le lien de chaque registre officiel.
Les inspecteurs en bâtiment du Québec ont-ils un permis ?
Pas encore obligatoire, mais ça vient : à partir du 1er octobre 2027, le certificat de la Régie du bâtiment du Québec (RBQ) sera exigé pour les inspections préachat. Il est déjà délivré. Sur 33 inspecteurs québécois publiés par Payotte, 3 citent la RBQ et 23 citent l'AIBQ — une association, pas un régulateur.